Terrible car il traduit tout le désemparement de l'évolution ultime du règne animal, il traduit la peur primaire : la peur de la mort !
Oui messieurs, la peur que l'on ressent devant une page vide n'est rien d'autre que çà (et c'est la même que l'on ressent la première fois que l on saute d'un plongeoir de 10m), sauf que l'on a appris à si bien déguiser nos peurs que l'on ne les reconnaît plus : notre future idée excitée qui attend de se coucher et pourfendre une page vierge et toute aussi excitée, est saisie devant l'ampleur de la situation par cette peur primaire de mourir en chrysalide avant d'avoir pu devenir un magnifique papillon verbal.
La peur de la page vierge et blanche, immaculée conception cérébrale de la beauté que l'on s'apprête à bafouer par nos crachats et nos régurgitations intellectuelles...La conception de soi, de sa petite mort dans la grande, de la petite vie dans la grande....Que cherchons nous en fin de compte dans nos processus créatifs quels qu'ils soient sinon à apaiser cette même peur du dépérissement qui ne rate aucune cellule vivante !
Nous écrivons, chantons, rions, parlons, photographions, dessinons....dans la peur de la mort...un créateur est donc un mort-vivant qui s'ignore, un miraculé qui survit à travers sa création.
« L'écriture est un chiot qui griffe le néant » dit Mahmoud DARWISH, un minable petit chien gesticulant devant l'immense, vaste et infini néant...notre cause est désespérée ! Pourtant à chaque fois on se retrouve avec cette même peur : où va me mener ma page aujourd'hui ? Vais-je atteindre les summums de la concupiscence et de la fornication cérébrale ? ou au contraire vais-je contempler ma semence et ses éclaboussures sur la page en me disant qu'un backspace général s'impose ??!!
Et pourtant je continue d'écrire....
Comme le gnou qui se sait condamné, enserré entre les mâchoires d'un crocodile mais qui ne s'arrête pas pour autant de se débattre : l'écriture est l'expression de notre instinct de survie ! Combien de fois ai-je jeté mon calepin contre le mur ? combien de fois ai-je éteint mon Word en fumant et ruminant une matrice amorphe d'idées qui me faisait mal à la tête et au ventre...ou entre les deux ? Cà n'a malheureusement rien changé à la matrice en question....pire : parfois çà l'exacerbait.
Nous sommes d'étranges créatures qui ne prennent conscience de ce qu'elles font qu'après coup, que ce soit un trou dans l'ozone ou une bombe atomique, un court poème ou l'½uvre complète de Hugo, une simple amourette ou l'amour qui mène a la perte « Al Hayam », du massacre des baleines ou du massacre palestinien.....Et dans tout nos ébats fougueux contre la mort nous transfigurons un concept si beau en des termes si laids, nous transformons l'irréel en réel comme des magiciens nous matérialisons des images, des odeurs et des sons comme autant d'odeurs, d'images et de sons qu'on ressentirait au chevet d'un corps agonisant....
Nous écrivons pour oublier la mort et pour oublier la vie!
Nous écrivons car nous sommes faibles,seuls et inquiets
Nous écrivons car nous sommes Humains
Et dire que tout çà a commencé par un curseur qui clignotait dans une page vide....
