86 Km au nord de Chaouen, 150 Km au sud ouest de Al-hoceima et 20 Km au nord de Bab berred, Had bni rzin est ce que l'on peut qualifier de "trou perdu", "bled paumé"...etc. Déjà pour arriver aussi haut dans la montagne il faut être béni des dieux et des hommes : la route fait dans certains endroits des virages à 180° et se rétrécit parfois a 2m de chaussée voire moins. Les grands taxis se sont accaparés depuis longtemps le trajet et le chauffeur de celui que j ai pris me racontait les détails d'un accident qui avait eu lieu la veille dans les environs : un Fassi en compagnie d'une jeune fille s'était endormi au volant et avait percuté de plein fouet un autocar. Mort sur le coup !....il n aurait pas mieux trouvé pour me remonter le moral ! Bien que je sois a des années lumières des villes et de leurs automatismes aliénataires, les sonneries de portables qui retentissent de temps en temps dans le taxi me rappellent à l'ordre....au nouvel ordre, à la nouvelle réalité : même ici la vie a définitivement changé.
Le village débute par une histoire : une maison délabrée loin des autres habitations qu'on appelle « Dar El Roumi ». Il parait que jadis un espagnol vivait là, replié, tout seul avec son chien. L'espagnol a crevé et le chien aussi je suppose mais le nom est resté.
Le village en soit est tout petit « 400 habitants officiellement, avec les environs ça monte à 20.000 » me dit mon ami. Il a été construit dans les années '80 et l'Unique source de revenus des habitants est comme vous le devinez déjà LE KIF, la culture de cannabis. 2 Médecins, 2 pharmaciens et 1 centre de santé. Le village est électrifié avec deux grandes avenues -si tant est que l'on puisse appeler 2 pistes de 500m chacune des avenues- le tout juché sur le flanc d'une montagne.
Ce qui me frappa au premier abord, c'est que je cru pour un instant être retourné à Nador : les gens sont rustres et vous jettent des regards méfiants (même avec tout les déguisements possibles, vous êtes catalogué au premier regard en tant que « berrani » « eddakhil »), peu de paroles et peu sinon pas de courtoisie ou de formule de politesse. Des gens durs et endurcis : des gens de la montagne.
A 21h30, même les lointaines lumières qui étaient visibles sur le versant opposé de la montagne se voilent. Plus que le silence et le brouillard...même pas un aboiement de chien !
On me dit que les revendeurs de cigarettes au détail vendent également des psychotropes au détail, que les mkhaznis se prennent pour des walis, que les matricules de rabat (xx/أ1 / ) sont quasi majoritaires ici : question de prestige me dit-on !
Vue d'en haut la vallée est parsemée de mottes de cannabis. On récolte déjà et on vendra fin septembre. Le village renaîtra alors pour 4 à 5 mois où tout le monde et les commerces revivront avant que ne s'éteigne de nouveau la flamme. Le reste de l'année, il n'ont rien pour vivre, ils vivent alors à crédit en attendant la prochaine récolte et ainsi de suite. Les gens ici sont durs, leurs peaux sont brunes et craquelées, leurs moustaches touffues, leurs regards posés et sans équivoques. Ils vivent de et dans l'illégalité. Pourtant à ma question anodine on me répond sans détour : « Si demain tout cela venait à être interdit, on crèverait de faim. On ira alors mendier....ou je ne sais quoi !! » Je me pris à regarder loin, très loin dans cette brume sans fin, une brume qui me rappelait ce merveilleux pays où nous vivons : un noir qui semble ne pas vouloir s'achever ni livrer la moindre étincelle.
Les maisons ressemblent à un quartier périphérique de la ville : rares sont les façades qui sont peintes, les fenêtres fermées sont pleines de poussière et sont toutes en un niveau. Pourtant la majorité d'entre elles semblent vraiment abandonnées. Il parait qu'il y a de nombreux commerçants et des man½uvriers qui ne rentrent que pour se coucher. Il semblerait même que parmi eux se terrent parfois des criminels en cavale.
Pourtant le flanc opposé est étrangement clairsemé de belles villas. On me dit que ce sont celles de personnes qui ont réussies de belles transactions.
Je me mis à rêver : Demain tout ceci serait légal, au lieu de ce regard inquisiteur et apeuré que te jettent les gens ce serait des regards souriants et enjoués. Au lieu de ces 2 rues accidentées ce serait deux belles avenues avec lampadaires trottoirs et tout le tralala, Au lieu d'attendre, ces gens construiraient un monde sans hypocrisie où ils auraient un avenir et non un quotidien !!!!
Doktorix.... Hippie non fumeur !

